//Entrevue avec Pierre Hébert

Entrevue avec Pierre Hébert

Lors de son passage au Théâtre Hector-Charland le samedi 6 avril dernier, j’ai rencontré Pierre Hébert, humoriste bien établi, qui m’a parlé de son parcours, ce qu’il l’a inspiré étant plus jeune, de ses intérêts à être un artiste multidisciplinaire et de ce qu’il prévoit faire après sa tournée Le goût du risque.

Rosalie Dionne

La TAUPE : Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans le métier d’humoriste, et dans les autres facettes de votre métier comme celles d’être acteur et animateur?

Pierre Hébert : En fait, ce que j’aime le plus du métier d’humoriste, c’est que cela me permet de faire plein d’affaires. Dans le sens que ça me permet de faire de la scène, de la radio, de la télé, de l’écriture. Je me rappelle quand j’étais à l’école primaire, on faisait des compositions écrites et on avait le choix entre 100 et 150 mots, 200 et 300 et plus, et moi je me rendais tout le temps à 300 parce que j’avais beaucoup d’imagination et j’aimais ça écrire des histoires. Donc ce que j’aime le plus de mon métier c’est premièrement de pouvoir faire plein d’affaires, mais deuxièmement la créativité. J’aime ça énormément de dire « OK là on a trouvé une idée de comment faire une scène à la télé, là on a trouvé une idée de comment faire un show ». Donc c’est vraiment de contribuer à faire naître des affaires et les amener les plus loin que je peux.

LT : Donc étant plus jeune, le monde de l’humour et show-business vous intéressait-il?

PH : Ce n’est pas le show-business qui m’intéressait, mais j’ai toujours aimé faire rire les gens. Dans ma famille, j’ai un oncle qui est comédien et je me rappelle à Noël, il contait des jokes. Les gens se regroupaient autour de lui et je trouvais ça super le fun cette espèce de party où il faisait rire les gens. Il y en a qui conte leurs souvenirs d’enfance où c’était de la musique, moi c’était pas ça. Chez moi, on jouait à des jeux et on contait des blagues. C’était donc vraiment le côté ludique, le côté plaisir dont je crois qui a fait en sorte que j’ai décidé l’aller en humour.

LT : Qu’est-ce qui vous a fait passer d’avoir un BAC en psychologie à humoriste?

PH : J’avais une blonde quand je faisais mon BAC en psychologie qui m’a laissé, grosse peine d’amour. Dans ma tête, je me disais « je n’ai plus rien, on était censé avoir des enfants, déménager ensemble ». Dans ce temps-là, j’avais rencontré une psychologue parce que je suivais une thérapie qui m’avait dit : « Vois-le à l’envers. Au lieu de te dire que tu n’as plus rien, vois le comme une page blanche, et du moment que ta page blanche est là, qu’est-ce que tu veux faire de ta vie? » C’est la première fois en 23 ans que je me posais vraiment la question, « qu’est-ce que j’ai envie de faire?», et j’avais le goût de faire de la scène. C’est ce que j’avais envie le plus de faire, mais dans ma tête c’était un projet irrationnel, ça n’avait comme pas de sens, il y a plein de monde qui veulent en faire, mais qui y arrive pas. Je me suis dit d’au moins l’essayer et que si ça ne marche pas ça ne marche pas, mais au moins je vais l’essayer et arriver à 40 ans et dire « je l’ai essayé »!

LT : Qu’est-ce que vous avez le plus appris durant votre parcours à partir de l’école de l’humour jusqu’à maintenant?

PH : C’est le travail. Il n’y a rien qui va battre le travail. J’ai rencontré des humoristes qui avaient plus de talent que moi, mais qui étaient moins travaillant qu’on ne voit pas aujourd’hui. Il faut toujours que tu travailles encore et encore et encore. Il faut que tu bûches, que tu réécrives des numéros. Il y a des numéros dans mon show que j’ai fait pas loin de 25 versions. Des fois à la fin des versions on changeait qu’une blague ou deux, mais c’est vraiment ça qui changeait tout. Il faut vraiment travailler comme un débile!

LT : Est-ce qu’il y a quelque chose, quelqu’un ou un évènement dans ce parcours qui a changé complètement votre vision des choses?

PH : C’est drôle, parce que je me rappelle quand je suis arrivé à l’école de l’humour, il y a un couloir où il y a un cadre avec une mosaïque des finissants de l’humour. La première affaire que tu vois c’est Martin Matte quand il était plus jeune, Mike Ward, Jean-Marc Parent. Tu te rends compte que chaque année, il y en a 3 ou 4 que tu connais, et 8 que tu ne connais pas. Cette journée-là, j’ai réalisé que ce n’est pas parce que tu fais l’école de l’humour que tu vas faire de l’humour et que tu vas en vivre. Donc on dirait que j’ai fait « moi dans la vie, je n’aurai pas de plan B et je vais y arriver coûte que coûte, je vais travailler comme un débile et je vais faire tout ce que je peux ». J’ai eu une certaine détermination la première journée que je suis arrivé à l’école pour me dire « ça, c’est ce que je vais faire dans la vie ».

LT : Beaucoup d’humoristes de la relève, comme Yannick de Martineau, Julien Lacroix, Guillaume Pineault, commencent à avoir beaucoup de succès et n’ont pas fait l’école de l’humour. Vous qui l’avez fait au temps qu’internet ne permettait pas autant de visibilité, croyez-vous que ce phénomène aurait pu être possible?

PH : En fait, c’est vraiment des parcours qui sont différents. Je me rappelle, Rachid Badouri n’a pas fait l’école, André Sauvé non plus, et c’est parfait parce qu’il ne faut pas que les humoristes passent seulement par le moule de l’école. Il y a de plus en plus de soirées d’humour, de comédie club et c’est parfait comme ça. En fait, tant

mieux, parce que ça donne la chance à des gens qui ont peut-être été refusé à l’école, comme Julien Lacroix qui a été refusé à l’école deux fois et tant mieux que Julien ait réussi par une autre voie à se rendre là. Je pense que ce qu’on veut au Québec c’est les meilleurs humoristes. La meilleure façon d’y arriver c’est des gens qui travaillent fort, soit en entrant à l’école ou par le réseau des bars, et Julien Lacroix est un bon exemple d’un gars qui a travaillé.

LT : Qu’est qui est le plus « challengeant » pour vous dans le métier d’humoriste?

PH : C’est la nouveauté. Dans le sens que là je fais un spectacle, il va bien, les billets se vendent bien, mais un jour il va se terminer et je vais en écrire un autre qui devra être aussi bon que celui-là, sinon encore meilleur. Un jour tu te dis « ma carrière va bien, mais là il faut que j’aille encore plus loin et que je travaille encore plus fort ». Ce qui me challenge c’est de ne jamais rester sur des succès qui sont derrière nous et d’en créer des nouveaux.

LT : Justement, votre tournée Le goût du risque s’achève, comment voyez-vous le fait que ça se termine?

PH : Je me sens super bien, vraiment! Ça aura été une belle aventure. On est en tournée depuis près de 3 ans, mais avant ça, ça faisait un an que je travaillais dessus, donc ça fait presque 4 ans que ce show-là va exister dans ma tête, chez nous, dans ma vie de tous les jours et je sais qu’il va en avoir un autre. Je me connais, je suis un émotif, je sais que je vais brailler au dernier show, je vais être content, mais j’ai hâte de faire le prochain, d’aller ailleurs et d’essayer d’autres trucs. Des fois tu fais un show et tu te dis que tu aurais pu le faire encore, mais je n’ai pas cette impression-là. J’ai l’impression qu’on va vraiment le rendre au bout, et on arrête pour faire d’autre chose même s’il fonctionne bien.

LT : Est-ce que votre prochain spectacle est en cours d’écriture?

PH : Absolument pas! Moi j’aime raconter des anecdotes de ma vie, et j’ai besoin d’en vivre. Il y a plusieurs humoristes qui finissent un show et le deuxième, le troisième, le quatrième est déjà prêt. Puisque j’aime ça être partout, si je vais faire de la télé, de la radio, je ne le sais pas. On dirait que le show en lui-même décide quand est-ce que tu vas l’écrire, parce qu’un moment donné tu te dis « OK, là je sens qu’il y a quelque chose, je sens qu’il y a un show » et je me mets à écrire, mais là c’est pas encore le moment.

LT : Sur une note un peu plus légère, est que tu as un rituel durant ta tournée?

PH : J’en avais beaucoup durant la première tournée, mais à la deuxième je me suis dit que ça ne me tentait pas d’en avoir. Par contre, on aime faire des « échappe-toi » un peu partout, mais on n’a pas vraiment de rituel. On se donne une tape avant le show, mais sinon je n’ai pas de superstition. Pour moi ce qui est important c’est mes techniciens, j’aime ça être avec le même monde fois après fois et le reste on dirait que ça suffit. Je ne veux pas commencer à avoir des superstitions et me dire « si je fais ça, ça va bien aller » non, non! Le show va bien aller parce que je donne mon maximum plus que n’importe quoi.

LT : Pour terminer, vous êtes venu souvent à l’Assomption. Qu’est-ce que vous aimez le plus quand vous venez ici?

PH : Je me rappelle, même à l’école de l’humour c’était une salle où il y avait déjà eu plusieurs humoristes. Tu te prépares, et c’est une des salles que tu te dis dans ta tête « celle-là je vais la faire, j’ai hâte de faire l’Assomption ». Il y a des salles qui sont comme des salles mythiques. La salle ici en est une belle, et je trouve que c’est une bonne grosseur de salle. Il y a beaucoup de monde, ça rit, mais il y a aussi une belle proximité. C’est vraiment le fun!

Pierre Hébert termine sa tournée Le goût du risque le 29 novembre 2019 à Terrebonne. Si vous avez manqué son passage à l’Assomption, il reviendra le 21 novembre 2019 à la salle du Théâtre Hector-Charland!

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Crédit photo: Martin Girard