//Le Château Ambulant : « la richesse des mangas »

Le Château Ambulant : « la richesse des mangas »

Le Château Ambulant, film japonais qui continue de faire le tour deS cinémas québécois à ce jour et le tour des festivals partout à travers le monde, est un bon exemple de l’essor des films japonais et des mangas à travers l’esthétique unique de ceux-ci et leurs thèmes humains venant rejoindre directement les jeunes adultes.

Anne-Justine Saindon

La popularité de la culture orientale est en essor dans la culture occidentale. En effet, les mangas, ou bandes dessinées japonaises, sont de plus en plus populaires. L’énorme popularité des BD japonaises dans le monde rivalise avec les grands noms de la bande dessinée européenne. En effet, les 42 tomes de Dragon Ball se sont vendus à plus de 250 millions d’exemplaires dans le monde, surpassant les ventes des aventures de Tintin. Ce nouveau style permet une autre approche affectant l’essence même d’un film. À travers son originalité, ce type de film comme Le Château Ambulant vient chercher ses spectateurs avec un esthétique typique de son genre ainsi qu’avec des thèmes touchants récurrents dans de nombreux films japonais.

Résumé

L’œuvre fantastique Le Château ambulant, communément nommé Hauru no Ugoku Shiro en japonais, est inspirée du roman de Diane Wynne Jones intitulé Le château de Hurle. On raconte l’histoire de Sophie, une vendeuse de chapeaux refermée sur elle-même, suivant la vie préconçue de ses parents sans prendre de décisions définitives, jusqu’au jour où, dans une de ses sorties en ville, elle rencontre le magicien Hauru, qui l’embarque malgré elle dans ses problèmes abracadabrants. Ainsi, après cette rencontre, elle est visitée par une sorcière, ennemi de Hauru, qui se méprend sur la relation entre elle et le magicien. La sorcière lui jette un sort qui la transforme en très vieille femme. Accablée par son physique répulsif, elle va fuir pour se retrouver dans des terres désertes. Durant son périple, son chemin va croiser celui d’un prince prisonnier de son apparence d’épouvantail. Elle va finalement se réfugier dans la fameuse maison du magicien où elle se fait passer pour une femme de ménage. Ainsi, à travers toute l’histoire, le magicien et Sophie vont s’entraider avec leur bienveillance dans leur quête identitaire à passer par-dessus leurs obstacles. Dans ce sens, l’œuvre orientale offre, grâce à ses choix musicaux sensibles, son visuel abondant de complicité entre le sublime et le grotesque et les thèmes humains représentés dans les personnages, une vision de la richesse qu’un film japonais peut détenir.

Choix musicaux

Les choix musicaux des films japonais imposent souvent, comme c’est le cas ici, une ambiance de rêves et de fantastiques que chacun d’entre nous convoite pour un détachement complet de soi et une plongée vers un autre univers. Le Château Ambulant forme ce monde en ayant recours à la musique telle que la trame Merry Go Round of Life de Joe Hisaishi. Réutilisée plusieurs fois, au début, elle a un ton calme et nostalgique. On présente la vie simple et renfermée de Sophie. Il est remplacé par un ton léger et vaporeux de bonheur lors de la rencontre entre Hauru et Sophie, et suivi d’une tonalité pleine d’espoir utilisée dans plusieurs scènes intenses vers la fin du film. Ainsi, la musique, riche de sens et d’interprétations, nous offre tout plein de mini univers dans un tempo qu’on connait et qu’on apprend à apprécier de plus en plus tout le long de l’histoire. En effet, ce n’est pas rare d’observer dans plusieurs animes la réutilisation de leur musique d’ouverture plusieurs fois dans l’histoire. Ainsi, on la reconnait et on apprend à mieux l’apprécier au fur et à mesure qu’elle est jouée, comme dans Fairy Tail, One Piece et bien d’autres.

Un esthétique puissant

Les différentes scènes du film nous offrent un univers sublime dès le début. Les couleurs du ciel et des objets sont vibrantes. En effet, il y a une multitude de plans sur les paysages qui confirment une grande ouverture sur le monde et une connexion rafraichissante mais forte avec la nature. Le sublime de la nature est brillamment contrasté avec le grotesque de l’extérieur de la maison du magicien qui apparait être l’architecture d’une grosse créature de fer se promenant dans l’espace. De plus, cette dualité se présente aussi à l’intérieur de l’habitation. En effet, la chambre de Hauru est remplie de bijoux et d’ornements qui se superposent pour former un univers baroque dans les teintes de vert, contrastant, une fois de plus, avec l’apparence extérieure de la maison.

L’esthétique des animations offre non seulement une ouverture sur le monde, mais aussi un aspect excentrique qui permet un relâchement de notre imagination. En effet, le graphisme a une grande richesse esthétique qu’il n’est pas rare de retrouver dans plusieurs mangas et animes japonais. Non seulement elle attire l’œil, mais donne une ambiance spécifique puissante à l’œuvre selon le style de l’artiste.

Des thèmes humains

Pour continuer, les mangas sont pertinents dans la mesure où certains thèmes abordés comme la quête d’identité des personnages, le culte de l’apparence et les chagrins d’amour sont encore des préoccupations pour les jeunes adultes. D’une part, au début de la vie du personnage de Sophie dans Le Château Ambulant, elle ne s’assume pas, elle fait perdurer l’entreprise de chapeaux de ses parents parce qu’elle pense faire la bonne chose pour sa famille en s’oubliant dans sa vie. Ainsi, en se perdant, elle se met à l’écart des personnes de son entourage et de sa famille: en d’autres mots, de son climat social. Dès le début, elle semble être éloignée d’elle-même, mais peu à peu, malgré ses difficultés et sa malédiction (son apparence de vieille femme), elle commence à prendre des décisions pour sa personne. Par exemple, elle décide de s’engager elle-même comme femme de ménage dans la maison du magicien, de prendre soin des gens qu’elle rencontre comme l’épouvantail et même d’ouvrir son cœur aux autres comme Hauru. Non seulement elle s’ouvre aux autres, mais elle forme sa place dans son climat social en trouvant sa propre personnalité, son amour propre de même que sa féminité.

Le magicien évolue aussi psychologiquement. En effet, il commence par être froussard, effrayé par les gens qui le recherchent. Pourtant, il change drastiquement après sa rencontre avec Sophie qui le pousse à faire face à ses responsabilités avec grand courage. D’une autre part, le culte de l’apparence est abordé à travers deux personnages du Château Ambulant. Tout d’abord, Sophie est victime d’une malédiction qui la rend laide et vieille. Or, c’est avec l’amour qu’elle développe pour elle et l’attention que les personnages comme Hauru manifestent aussi pour elle qu’elle revient à son apparence de jeune fille. Ainsi, c’est une métaphore de la beauté qui vient de l’intérieur d’une personne ainsi que de sa propre perception de son identité. Hauru est lui aussi au début du film empoisonné par ce culte de la beauté. Après une teinture ratée, il est démoli, mais avec l’aide des autres personnages, il reprend enfin le dessus sur lui-même en devenant beau de l’intérieur avec le courage de faire face au futur.

Le chagrin d’amour est aussi un thème souvent exploité dans les histoires japonaises. En effet, Sophie tombe amoureuse de Hauru au début du film. Elle le voit souffrir et veut l’aider, mais en est incapable. Malgré son chagrin d’amour, elle garde confiance en elle-même et continue d’avancer dans la vie, une situation qui n’est pas inconnu des jeunes adultes et à laquelle beaucoup peuvent s’identifier en prenant exemple sur Sophie. Ainsi, ses thèmes typiques de mangas et d’animés japonais confirment non seulement des difficultés humaines d’adolescents et de jeunes adultes, mais aussi comment chacun peut y faire face.